Bande de salauds.

Ah, elle est belle la France, tiens. Moi qui attendais avec impatience l'arrivée des orages, voilà qu'ils décident de faire escale en Espagne. Bilan : la moitié du pays en alerte orange, et un ciel aussi bleu qu'emmerdant en Bretagne, comme d'habitude.


Oh le beau ciel ! Regarde comme c'est beau ! Y'a rien ! QUE DAAALLEUH !!

En attendant, on n'a qu'à faire travailler l'imagination. Un orage, c'est de quoi rendre le plus grand feu d'artifice aussi glorieux qu'un pet enflammé.



Plaçons le décor !

On vient de passer quelques jours très chauds, avec un gros soleil déversant sa haine sur l'asphalte des rues. Une belle dépression débarque avec ses copains les cumuli, et l'air réchauffé par le bitume remonte avec toute l'eau dont il a pu s'engorger. Les petits nuages deviennent gros, suffisamment gros pour organiser une orgie appelée culumonimbus calvus. En attendant, les vents verticaux se mettent en phase avec les rafales horizontales, taillant la masse nuageuse comme on lèche une glace italienne.



Avec des courants dans tous les sens et des micro-gouttes d'eau qui s'entrechoquent à plus de 200km.h⁻¹, on a de quoi accumuler un bon paquet d'électricité statique. Vu de dessous, ça n'a rien de très majestueux si ce n'est la capacité qu'a ce nuage de nous plonger soudainement dans le noir en plein après-midi.



Sons et lumières

Une décharge électrique se produit entre deux pôles opposés, comme un nuage chargé positivement et un autre chargé négativement, ou entre un nuage et le sol. Le courant prendra le chemin le plus court. Mais alors, pourquoi que la foudre elle a une gueule de courbe de sismographe pendant un concert d'Amon Tobin ?


Regarde la route, tu vas finir dans le décor !

Par "chemin le plus court", il n'est pas question d'espace -- auquel cas on aurait une droite. On parle ici de potentiel, et la voie qu'emprunte la foudre est la plus économique, celle qui lui permettra le moins de pertes d'énergie. Autrement dit, Mère Nature est une bête de scène qui maximise ses efforts pour nous offrir un spectacle de la plus haute qualité possible. C'est aussi pour cette raison que la foudre frappera le point le plus haut et le plus pointu disponible à plusieurs dizaines de mètres à la ronde, sauf si ce point est un isolant électrique. Attention, votre tête n'est pas un isolant électrique. Le bois non plus, d'où l'idiotie de croire que ce sera forcément du métal qui sera touché : même si ça facilite la conductivité, quelqu'un qui porte une cuillère à côté d'une église en bois ne risque pas grand-chose. En revanche, la personne que j'ai avertie parce qu'elle tenait un parapluie sous un orage violent et qui m'a répondu, d'une façon lourdement moqueuse : « Mais non, il est en bois ! » ... risque de mourir dans d'atroces souffrances.

La représentation qu'on se fait généralement de la foudre est un pic qui descend du ciel pour frapper le sol. Quand j'étais petit, on m'avait donné une image un peu plus représentative de la réalité, me décrivant une paille invisible descendant du ciel pour aspirer l'énergie du sol, l'éclair étant cette énergie qu'on voyait remonter. Pourtant, l'éclair n'est qu'un résultat indirect de la foudre. Toute cette énergie échangée n'est pas visible ; ce qu'on voit est l'air qui, en contact avec une telle quantité d'énergie, se transforme en plasma montant jusqu'à 30 000°C. Parce que la comparaison est fun, je tiens à préciser que la surface du Soleil s'élève à 5500°C. P'tite bite.

Une telle chaleur signifie une soudaine et violente dilatation de l'air qui, aussitôt refroidi, se rétracte. L'onde provoquée par cette oscillation génère le tonnerre audible à quinze kilomètres pour qui tend l'oreille. C'est ce tonnerre qui permet de situer le coup de foudre... Le son se déplaçant à 340m.s⁻¹, en trois secondes il aura parcouru un kilomètre. La lumière est, elle, si rapide qu'on la considère comme instantanée à cette échelle. Si vous comptez trois secondes entre l'éclair et le tonnerre, vous pouvez en conclure que la foudre est tombée à un kilomètre. Ainsi, après avoir compté le nombre de secondes entre un éclair et le tonnerre, vous divisez par trois et vous obtenez le nombre de kilomètres. N'oubliez pas de partir de zéro, et non de un.


Euh... Zéro ?

L'invité surprise

Quand les conditions le permettent, un autre phénomène peut survenir lors d'orages violents. Cette étrangeté climatique n'est généralement pas appréciée à sa juste valeur.

J'ai pas kiffé, perso.

Quand il y a des tempêtes, les rafales de vent sont des roulements horizontaux appelés cellules. Ces vents sont reconnaissables par leurs changements brusques d'orientation : on peut par exemple ressentir un souffle violent allant à l'opposé du déplacement général des nuages.

Souvenez-vous, les cumulonimbus se forment après une période de grosses chaleurs, quand le sol est encore suffisamment tiède pour créer des courants ascendants. Eh bien, ces vents verticaux sont parfois assez puissants pour redresser les cellules. Une fois érigées, celles-ci continuent de tourner mais de façon verticale, et sont alors amplifiées par la dépression.

La force des tornades est mesurable par la vitesse du vent à leur base, ce qui permet de les placer dans l'échelle de Fujita. Mais comme on ne trouve pas suffisamment de volontaires pour aller mesurer, on a trouvé une autre méthode : les dégâts qu'elles occasionnent. L'échelle théorique va de F0 à F12, bien qu'il ne soit pas vraiment possible de mesurer les tornades de forces supérieures à F5 : le monde est trop fragile pour ça. Plus précisément, il est difficile de faire la différence entre une F5 qui détruit tout pour laisser un terrain vague, et une F6 qui détruit tout pour laisser un terrain vague.

J'ai fait l'expérience rigolote d'une toute petite tornade F0 : un tourbillon de poussière et de feuilles fonçant sur moi, et soulageant mes jambes d'une partie de mon poids durant une demi-seconde. J'en ai vu une autre un peu plus puissante dans un champ, cette fois le nuage de poussière est monté jusqu'à une dizaine de mètres de haut.
Les vents soufflent jusqu'à 140km.h⁻¹

Une tornade F1 est passée dans un village pas loin de chez moi il y a quelques années, emportant le toit de l'église au passage.
Les tornades F1 soufflent entre 140 et 180km.h⁻¹.

Si l'échelle vous intéresse, elle est disponible sur Wikipédia.

Pour finir, une petite vidéo pour apprécier la beauté de la chose :



Sinon, je ne mettais jusque-là que des sujets que je connaissais bien, mais maintenant il va me falloir faire de la recherche si je veux poursuivre la rédaction de ce blog. Un peu de patience donc si mes billets tardent à paraître ! :)

4 commentaires:

Floriane a dit…

t'as vraiment cru que comparer les nuages tout vilains méchants pas beaux à une délicieuse gentille et douce glace italienne allait me faire kiffer les orages ? =p

Floriane a dit…

"Parce que la comparaison est fun, je tiens à préciser que la surface du Soleil s'élève à 5 500°C. P'tite bite."
J'adore ^^
Au fait, je dois avouer que tes photos sont v'la belles =)

Jamily a dit…

Mais en voila un bel article mon cher Benjamin !
Concernant les tornades F5, je vois que tu as bien actualisé tes connaissances !(on la garde ?hein ?hein ?pouf pouf)

Et concernant les structures sur lesquelles tombent les éclairs, y'a un autre phénomène qui entre en jeu. Ca s'appelle l'effet de pointe : (en gros) plus le rapport hauteur/diamètre au sommet est élevé, plus les lignes de champ sont écrasées et concentrées au sommet et plus ça attire la foutre...

Bref, merci pour ton article, j'ai appris pleins de trucs !\o/

Belore a dit…

Ah, je savais bien qu'il y avait un truc avec les formes de pointe ! Mais va trouver une info nourrie au grain en tapant "foudre pointe" sur Google...

Merfi pour la précision, et heureux d'avoir étanché ta soif de connaissances !

Au passage, pour l'échelle de Fujita, j'avoue que je m'étais rendu compte de ma grosse bourde pendant la discussion d'il y a deux semaines, mais je m'étais entêté dans ma connerie... ^_^
Par contre j'avais tout de même raison sur le fait qu'on n'utilise pas directement la vitesse du vent pour les classer !

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